festivale donia

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LES NOUVELLES DU 10 JUIN 2011

Hubert Radaniarison « La gestion de Donia devient de plus en plus ardue »

Hubert Radaniarison, président sortant du comité d’organisation du festival de Nosy Be, (Cofestin), évoque de la situation Donia, pour ces deux dernières années durant lesquelles il l’a présidé. Il nous a aussi confié les petits secrets du festival… Interview.

Les Nouvelles : Quel bilan tirez-vous de votre mandat de deux ans à la tête du Cofestin ?

Hubert Radaniarison (-) : Deux choses. Le bilan culturel d’abord, est une réussite. Sur le plan financier, par contre, on dira que c’est mitigé. Le festival s’est malheureusement endetté de 6 à 8 millions d’ariary. Cela à cause, entre autres, des conjonctures politiques et économiques actuelles dans le pays. En deux ans, nous n’avons pas eu ou presque de sponsors. Et c’est dommage. Je souligne toutefois que les arriérés de Donia ne concernent que les fournisseurs du festival. Les artistes et les autres prestataires ont tous été payés.

La démission de quelques membres actifs du Cofestin l’an passé peut-elle être traduite comme une source de la difficulté du comité ou s’agit-il d’une démission programmée à cause de la présence d’un Malgache à la tête du comité ?

– Ce n’est pas le cas. Dans l’organisation, on ne juge pas la direction de l’opération par la couleur de sa peau. D’ailleurs, le Donia, à son origine, a été créé par des Malgaches et des « non Malgaches » pour ne pas dire des étrangers. Ça a toujours été le cas, il y a toujours eu une bonne entente. Du point de vue organisationnel, cette cohabitation a permis de partager encore mieux les tâches et de se serrer les coudes.

Comment expliqueriez-vous alors la démission de certains membres fondateurs du festival ?

– Certains membres ont, effectivement, démissionné pour indisponibilité professionnelle parce que nous sommes des bénévoles, on n’est pas contraint de rester quand on ne peut plus continuer. C’est vrai aussi que certains ont démissionné parce que les lignes de conduite du nouveau président, c’est-à-dire moi en personne, ne leur convenaient pas. En fait, j’ai décidé de ne plus poursuivre la caravane Donia vu le gouffre de dépenses financières qu’elle a laissé aussi bien pour le Cofestin que pour les institutions qui y ont participé. Pour moi, le Donia est à Nosy Be et ceux qui veulent voir le festival doit se rendre à Nosy Be.

Vous venez de le faire remarquer, les sponsors sont les grands absents du festival Donia ces derniers temps. Avez-vous une explication à cela ?

– Effectivement, ils sont les grands absents et on le regrette. Moi je pense que ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas confiance en Donia. Le grand carnaval d’ouverture de mercredi, par exemple, aurait pu permettre d’avoir une grande visibilité, car c’était vraiment l’euphorie populaire, avec sponsors ou non. Mais à eux (les sponsors) finalement de voir, parce que ce sont eux qui misent de l’argent sur la table. Finalement, je pense qu’avec la crise, on ne peut pas tirer du lait aux vaches maigres au risque de les tuer. Donc à nous, les membres du Cofestin, de nous débrouiller.

Et comment avez-vous fait ?

– Nous nous sommes débrouillés avec, entre autres, la vente aux stands, la vente des billets et également la contribution encourageante des annonceurs de Nosy Be que je remercie particulièrement cette année. C’est l’une des années où les annonceurs locaux ont participé en grand nombre au festival. Il y a aussi eu les donateurs qui ont contribué sans compensation. Et il y a bien sûr le ministère de la Culture et du patrimoine dont la contribution nous a apporté une petite bouffée d’oxygène. Mais on espère qu’à partir de ce soir, avec la population, notre premier grand sponsor, le stade va être rempli pendant quatre jours et qu’on pourra payer tous nos groupes artistiques.

La réduction du nombre des participants au carnaval a été frappante cette année…

– Je ne pense pas qu’il y a eu réduction du nombre de participants cette année. Le nombre des groupes participants est évalué entre 30 et 40 par an. Hier, (lire mercredi), on a eu exactement 38 groupes. Chaque groupe est constitué d’au moins une vingtaine de personnes. A vous de faire alors le calcul, combien de festivaliers ont investi les rues de Nosy Be. Il faudra aussi souligner que pour la préparation d’un grand carnaval, il faut en moyenne 1 million d’ariary et trois mois de préparation. La récompense totale que Donia réserve par ailleurs aux meilleurs groupes plafonne à 1 200 000 ariary seulement… Mais les participants sont venus uniquement pour « fêter la vie » avec le festival. Et à Nosy Be, on ne compte pas les dépenses pour le plaisir.

Qu’en est-il de l’affiche de cette année ? Quels ont été les critères de sélection ?

– Pour les groupes étrangers, on dira que les artistes ont vraiment prêté main forte pour que le festival ait une envergure internationale. C’est le cas du Groupe Super Purée de France. Les artistes viennent avec leur musique pour que les gens les voient et les entendent. Le Cofestin s’occupe uniquement de leur hébergement. Idem pour les artistes mahorais qui nous montrent une fraternité et une convivialité sans précédent, vu l’histoire commune entre Nosy Be et Mayotte. Pour les grands groupes nationaux, ils sont venus à la demande de la population. Il y a aussi la découverte d’ artistes locaux ou régionaux, qui ne peuvent se produire sur la scène de Donia alors qu’ils disposent d’un important potentiel artistique.

Le groupe Ambondrona est revenu pour la cinquième fois d’affilée sur les planches de Donia ?

– Il est maintenant comme Fandrama. Tout cela pour dire en fait que le festival n’est pas uniquement le salegy. Donia c’est Madagascar, c’est un monument incontournable, un repère pour la culture malgache et les groupes. Ambondrona revient chaque année et il aura sa médaille de reconnaissance de la part du Cofestin. Ces musiciens ont déjà acquis l’esprit Donia, comme Fandrama d’ailleurs. Et je suis particulièrement fier de ces artistes- là.

Quelles perspectives pour le festival Donia ?

– Je pense que Donia est un festival vivant, le comité aussi est vivant. La porte est ouverte, les membres sortent, ils rentrent et s’en vont et cela change tous les ans. L’équipe se rajeunit petit à petit. Peut-être qu’ils auront une autre vision par rapport à nous mais, c’est l’esprit qui va rester. Ma peur, ma grande peur, demeure au niveau de la professionnalisation de la gestion de Donia qui risque de perdre petit à petit cet esprit Donia. Quant on parle de professionnalisation, il y a donc toujours un intérêt financier qui va tout mettre en branle. Or, Donia prend de l’envergure, et sa gestion devient de plus en plus ardue. Les gens pensent en fait que Donia fait l’objet d’une gestion professionnelle, mais finalement nous ne sommes pas du métier. Propos recueillis par Vavah R. (Nosy Be)